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Construire écologique, effet de mode ?

L’habitat écologique a le vent en poupe et c’est tant mieux. Cette tendance est cependant un effet de mode ou évolution profonde de nos modes d’habiter?
Réponse de Yves Connan, créateur du cabinet de conseil Architecte du Territoire. 

La montée en puissance des enjeux climatiques a focalisé l’attention sur le poste « énergie » dans l’habitat. La division par 4 des émissions de gaz à effet de serre (objectif européen)  correspond à passer d’une consommation énergétique moyenne de 200 (voir 300) à 50 kwh par m2 et par an.
Gigantesque défi, à relever sans modération.
Parallèlement nous sommes confrontés à la disparition progressive du pétrole et du gaz. Il nous faut anticiper les transformations qu’implique le passage à une civilisation post-fossile ce qui nous incite à promouvoir à grande échelle les énergies renouvelables, non polluantes, comportant ni risques ni fortes incertitudes dans la gestion des déchets.
Construire écologique signifie généralement  mettre en œuvre des matériaux naturels et recyclables, une isolation renforcée, un chauffage moins polluant, des capteurs solaires, une récupération d’eau de pluie.
Le confort résultera d’abord de la conception bioclimatique : construire avec le climat, tirer parti de la topographie, rechercher des formes compactes, orienter l’habitat plein sud. ..
En terme de santé, le choix des matériaux est important.. En effet l’air des maisons « traditionnelles » offre encore  souvent un cocktail de particules, issues de matériaux recomposés, encollés, ou de molécules chimiques …

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Cette maison écologique à Quimper (Finistère) consomme environ 60 kWh/m2/an / Crédit photo : François Martin


Construire écologique répond donc à des enjeux majeurs. Pour tenter d’y apporter des réponses convaincantes, il aurait lieu d’être attentif aux points suivants :

  • Il faut rénover en priorité le parc ancien :

Même en multipliant les constructions « bas carbone », le compte n’y sera pas, les objectifs de réduction ne seront pas atteints. En effet les constructions nouvelles ne représentent annuellement qu’1% du parc total de logements. Pour être efficace, l’effort de réduction doit se porter sur le parc ancien, notamment celui construit entre 1945 et 1974 période pendant laquelle le pétrole coulait à flot, l’approche bioclimatique n’avait plus court, contrairement à la période d’avant guerre.

  • Il faut prendre en considération le cycle de vie de l’habitat dans la comptabilisation des gaz à effet de serre:

- la construction, énergie grise nécessaire à la fabrication de matériaux,  (l’impact carbone de la construction d’une maison «  traditionnelle » respectant la Réglementation Thermique 2005, correspond à environ dix fois son fonctionnement énergétique annuel),
- le fonctionnement énergétique (chauffage, eau chaude)
- la déconstruction
 - mais aussi les déplacements motorisés des habitants que la localisation de la maison impose et dont l’impact carbone est selon les cas supérieur à celui du chauffage.

  • Il faut calculer le coût de l’habitat écologique sur la durée de vie de la construction

La notion de surcoût dans l’habitat écologique – 8 à 15% - a la vie dure et constitue un frein à sa généralisation. Si nous prenons en compte l’ensemble des coûts afférents à l’habitat pendant une durée de vie moyenne de cinquante ans, le remboursement des crédits pour les travaux, le paiement des charges annuelles de chauffage, d’eau chaude  et d’électricité domestique, les coûts d’entretien, la maison écologique est clairement gagnante sur une année moyenne. La question qui reste posée est celle du financement du surinvestissement initial; il y a là pour les pouvoirs publics et nos banquiers matière à exprimer leur créativité.

  • Il faut s’inscrire dans une démarche de territoire et de circuits courts

Une maison écologique c’est bien, mais si elle reste une goutte d’eau dans un espace désespérément non écologique, elle aura peu d’intérêt. Nous devons passer d’une réflexion sur l’habitat individuel à une réflexion plus globale sur la production d’un espace urbanisé écologique, se poser la question de la mobilité et de l’offre en transports publics avant de construire,  structurer des  filières de productions de matériaux naturels locaux, constituer une offre foncière et des règlements d’urbanisme qui favorisent  et facilitent la construction écologique, renforcer la qualification des artisans en étant vigilant à la signification donnée aux nouvelles techniques de construction, travailler sur les coûts et la gestion financière pour que l’habitat écologique soit accessible à tous, développer une économie de territoire respectueuse de l’environnement, diversifier l’offre énergétique.


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Cette future maison passive (Grenoble, Isère) est assemblée panneau par panneau/ crédit photo : Gérard Gasnier



L’habitat écologique bénéficie de facteurs favorables à son développement …

- Prise de conscience de l’urgence d’agir pour le climat,
- Cadre législatif et mobilisation autour du Grenelle de l’environnement,
- Aides financières de l’Etat, prêts bonifiés et crédits d’impôts, et des collectivités,
- Multiplication des réalisations écologiques ce qui permet de visualiser
- Emergence d’une demande sociale et écologique
- Présence active d’associations, de réseaux, de relais de sensibilisation,  

…. mais il rencontre encore des freins bien réels:

- Surcoût initial dans l’investissement
- Trop grande frilosité des collectivités et services publics dans la réflexion urbaine et dans l’offre foncière
- Intérêt des professionnels  mais existence d’un marché d’aubaine





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Yves Connan, architecte spécialisé dans les questions d'habitat écologique


 Architecte du Territoire est un cabinet expert conseil en politiques de développement durable, projet d'écologie urbaine, animation d'Agendas 21, démarche de concertation, conduite du changement.



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Pour en savoir plus : 18 projets d'éco-habitat, Yves Connan, Editions Ouest-France


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