Quel prix pour les services de la biodiversité ?


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Le rapport « Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes », paru en avril 2009, fixe des valeurs de référence pour le coût de la dégradation de l'environnement.
Détails avec le président du groupe de travail, Bernard Chevassus-au-Louis.


Comment évaluer le coût de la dégradation de la biodiversité ?

Pour simplifier, nous avons choisi de ne pas donner de la valeur à chaque unité constituant la biodiversité  mais de ne considérer que les services écologiques.
Nous avons repris pour cela les travaux de 2005 du  millennium ecosystem assessment (L’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire (EM) ).
Cette grande étude mondiale avait mobilisé plus de 1000 scientifiques pour identifier les services rendus par les écosystèmes. Nous avons regardé un par un ceux que nous pouvions évaluer et ceux que nous pouvions pas.

A combien ont été estimé les services rendus par la forêt par exemple  ?  

D'une façon approximative, nous estimons la valeur économique de la forêt à environ 200 à 250 euros par an et par hectare.
Quand les promeneurs ramassent des fruits, des fleurs, des champignons,  nous savons estimer le coût de la promenade et la valeur de leurs récoltes.
La pluie qui ruisselle à travers un sol forestier donne une eau de qualité alors que sur une surface agricole, elle va être  davantage chargée en nitrate, phosphate, pesticides, etc.
Par rapport au coût du traitement de l'eau, nous économisons environ 40 à 50 ct d'euros par m3 d'eau. Après calculs, nous considérons que la valeur du service de production d'une eau de qualité est au même niveau que celui de production de bois : environ 90 euros / hectare /an.

Quel type de service rendu pas les écosystèmes n'a pas pu être évalué?


Nous avons buté sur la régulation des débits des forêts. Ces dernières réduisent les crues en hiver et en été soutiennent les débits des cours d'eau. Les rivières qui ont un régime plus régulier ont une plus-value économique : que ce soit pour des prélèvements d'eau ou des activités comme le canoë-kayak, etc.
L'absence d'une quantité suffisante de données précises qui relient ces données de débit à des profits économiques pour l'homme  ne nous a pas permis de donner de valeur à ce service de régulation des débits.

Pourquoi le groupe de travail s'est concentré sur la biodiversité ordinaire ?

C'est une option qui réduit un peu le problème car elle est très utilitariste : nous avons exclu de notre étude la biodiversité remarquable comme les espèces menacés, un habitat rare, etc. qui bénéficient déjà de mesures réglementaires, d'espaces protégés. Nous considérons que ce n'est pas forcément nécessaire de rajouter aux arguments culturels, éthiques, patrimoniaux, etc. des données économiques.
 
Que vont permettre ces indicateurs par rapport aux politiques publiques?

Le travail que nous avons fourni va permettre de rajouter dans les barèmes de calcul de l'investissement public des données de perte de valeur de services rendus par les écosystèmes. Jusqu'à présent, rien ne prenait en compte la biodiversité.
Ces informations devraient également alimenter les discussions en 2013 sur la politique agricole commune lors du choix dans l'orientation des aides : elles pourraient être dirigées vers les formes d'agriculture qui produisent le plus de services écologiques.

Quelles sont les limites de ces estimations ?

Nous n'avons pas pu évaluer toute une série de service  : un risque de sous estimation de la perte de la biodiversité existe. Il faudrait peut-être fixer des valeurs de références supérieures aux niveaux choisis.
Ce travail doit être utilisé dans un cadre réglementaire ou législatif. Certain craignent que ce système ouvre un marché des droits à polluer la nature : que des personnes considérent qu'à partir du moment ou ils payent, ils ont « le droit » de détruire les écosystèmes. Dans le rapport, nous soulignons qu'il appartient à l'Etat de voir comment ces échanges seront encadrés.

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