> Consulter > Environnement & Technique n°294 - Mars 2010

L’Energie au service du développement rural

La maîtrise de l’énergie, les économies d’énergie ou la production d’énergie à partir de sources renouvelables est souvent abordée d’un point de vue environnemental. Plusieurs communes ont choisi d’en faire un axe de développement économique innovant et un outil de dynamisation des territoires.

Dossier coordonné par le Comité de liaison énergies renouvelables (CLER)(1)


Le réseau Rurener met l’énergie au cœur du développement rural


Le réseau Rurener vient soutenir les démarches des petites communes rurales européennes qui s’engagent à devenir neutres en énergie. Coordonné par Maceo, association d’entreprises et de collectivités pour le développement économique et territorial du Massif Central, ce projet européen est clairement orienté « développement local ».

Aline BRACHET,
Maceo


Créer de la richesse locale

Peyrelevade, 800 habitants en Corrèze, a permis l’installation d’un jeune agriculteur pour alimenter en bois le réseau de chaleur communal. Saint Jean d’Alcapiès, 250 habitants en Aveyron, a proposé un atelier relais à un artisan chauffagiste, spécialisé dans le solaire. Après appel à candidature, la commune a « sélectionné » un artisan qui s’est installé sur la commune avec une expertise pour les clients de proximité. À Nagypali, en Hongrie (200 habitants), un centre d’expérimentation sur les énergies nouvelles permet d’accueillir des étudiants en stage et le grand public dans une démarche de « tourisme actif ». Les exemples sont nombreux et le pari de Rurener est de créer de la richesse localement.

De nombreux potentiels

Vente de l’électricité, réduction des coûts de chauffage pour la collectivité comme pour les habitants, valorisation des matériaux naturels locaux pour les besoins des villes voisines, reprise d’une activité lors de la rénovation du patrimoine bâti consommateur d’énergie, image valorisée par la politique communale, mobilisation et partage d’un projet de société pour l’ensemble de la population (dans l’école, la maison de retraite, ...), attractivité pour les nouveaux actifs dans les secteurs de l’énergie, du tourisme, de l’aménagement des paysages... Les potentiels aussi sont nombreux pour les collectivités en termes de dynamisation de leurs territoires et de liens entre les parties prenantes. Les acteurs privés, distributeurs d’énergie, installateurs jouent aussi leur rôle en communiquant des données permettant l’évaluation de la consommation et de la production au niveau local.

Leader

Leader+ est un programme européen
destiné aux zones rurales qui permet en France de soutenir 140 territoires porteurs d’une stratégie de développement organisée. Ces territoires ont mis en place des Groupes d’action locale (GAL) dont le fonctionnement est organisé autour de la participation aux décisions d’une majorité de partenaires privés (représentants d’organismes socioprofessionnels, d’associations, d’entreprises).
Pour en savoir plus : www.una-leader.org


Un diagnostic et un plan d’action

La méthode proposée par Rurener implique une phase de diagnostic partagé puis l’élaboration d’un plan d’action sur 3 ans à l’échelle de la commune et en interaction avec les territoires dans lesquels elle s’inscrit. Si nombre de projets s’inscrivent dans les capacités financières de la collectivité (sensibilisation, équipements communaux légers, ...), les études et les investissements lourds arrivent en général très vite.

Des pistes de financements


Rurener propose aux communes membres un certain nombre de services à chaque étape de l’itinéraire « vers la neutralité énergétique », et notamment des pistes de financement :
— au niveau européen : les programmes Leader sont consacrés aux zones rurales qui portent une stratégie de développement organisé autour d’un thème fédérateur. La communauté de communes Cévennes et Montagne ardéchoise (2 500 habitants) a par exemple intégré la valorisation énergétique de ses ressources naturelles dans son programme Leader déposé en 2008 ;
— au niveau national, le Fonds chaleur renouvelable est mobilisable par les acteurs publics sous certaines conditions. Plusieurs projets sont en cours dans le Massif Central pour financer l’investissement d’un réseau de chaleur au bois, et conditionnés à un taux suffisant de plaquettes forestières dans les combustibles, ou d’installations solaires à condition qu’un suivi énergétique soit réalisé sur la production effective du bâtiment.

Les pôles d’excellence rurale (voir encadré) sont une opportunité à saisir en 2010 pour les collectivités : 2 appels à projet sont prévus : l’un clos en février, l’échéance pour le suivant étant en août prochain.

PER

L’appel à projets pour la deuxième génération de pôles d’excellence rurale (PER) a été lancé en début d’année, avec pour objectif de faire émerger des actions génératrices d’emplois, de valeur ajoutée et de développement local. Une 1e vague de pôles d’excellence rurale sera sélectionnée en juin, et une 2e vague entre août et décembre.
Pour en savoir plus : http://poles-excellence-rurale.diact.gouv.fr


Associer public et privé

Cette association public/privé semble être aujourd’hui une clé pour le financement et la pérennité des projets. La commune de Tirano (2 000 habitants) dans les Alpes italiennes a financé son réseau de chaleur au bois avec la participation des habitants, actionnaires de l’entreprise ainsi créée. De nombreux montages de cette forme sont réalisés en Europe : prêt d’un toit communal pour l’installation de panneaux photovoltaïques financés par « actions solaires » à Swichenwasser en Autriche. En Lozère, Saint Julien de Tournel a lié un partenariat fort avec l’association des Artisans bâtisseurs en pierres sèches, qui rénove peu à peu le village en éco-réhabilitation (matériaux naturels et efficacité énergétique), sous la forme de chantiers école. Le coût est donc minime pour la commune, et l’impact en termes d’activité, d’identité et de qualité est immense !

Les possibilités innovantes de financement sont nombreuses pour les collectivités, c’est notamment le thème du prochain événement Rurener à Tirano le 11 mars 2010.

En savoir plus : http://fr.rurener.eu





Une petite commune s’organise un avenir énergétique équilibré

Alors que la pérennité des ressources des collectivités locales est aujourd’hui en question, l’investissement dans le développement durable est-il compatible avec une saine gestion ?
L’expérience de la Communauté de communes du Mené depuis 2005, visant la recherche de l’autonomie énergétique, apporte des réponses.


Laurent GAUDICHEAU,
Communauté de communes du Mené



Le projet commence comme il se doit par une phase d’étude, avec une question simple, posée en 2005 : en quoi une démarche d’énergies renouvelables peut-elle soutenir le développement économique d’un territoire rural ? L’étude a coûté 50 000 €, financée par l’Europe (programme Leader+ 50 %), la région Bretagne, le conseil général des Côtes d’Armor et l’Ademe (10 % chacun).
Ensuite vient la phase d’action : engager des investissements (réseaux de chaleur, économies d’énergies dans les bâtiments publics…), soutenir des acteurs privés (agriculteurs, entreprises…) et mettre en œuvre l’ingénierie nécessaire à cette dynamique.
Ces investissements sont-ils supportables par une collectivité de 6 300 habitants ? Michel Fablet, président de la Communauté, en est convaincu : les réseaux de chaleur, les plateformes bois, l’huilerie, les parcs éoliens, l’unité de méthanisation sont soit des projets privés avec une rentabilité, soit des services publics industriels et commerciaux (SPIC) qui s’équilibrent. Le photovoltaïque va même plus loin. Avec 450 000 € sur le toit d’une salle de sport (à restaurer), la communauté de communes va dégager un excédent net de 20 000 € par an. De quoi financer pendant 20 ans un poste de conseiller en économies partagé à mi-temps.
Pour Michel Fablet, le pôle énergies renouvelables résulte d’une stratégie de développement économique :
« nous avons fait le choix d’un développement ciblé sur un secteur économique. Pour ce faire, nous avons recruté un chargé de mission. Le coût aurait-il été moindre sans cette stratégie ciblée ? J’en doute. On ne fait pas venir une entreprise à la campagne sans une stratégie cohérente. En investissant dans les énergies nous construisons aussi une image. Combien aurait coûté une campagne de communication ? ».

Le Mené n’a ni pétrole, ni uranium, ni raffinerie. Toutes les dépenses énergétiques constituent ainsi, à 95 %, une fuite de richesse hors du territoire. Pour 6 300 habitants, elle représente plus de 10 M€ par an. Viser l’autonomie énergétique, avec des ressources et des savoir-faire locaux, c’est aussi relocaliser ce pouvoir d’achat.

En savoir plus :
Communauté de communes du Mené
La Croix Jeanne Even - 22330 Collinée
Tél. 02 96 31 47 45
www.mene.fr

Note :
1. Article extrait du dossier spécial
« L’énergie, facteur de développement local », CLER Infos n° 74, janvier-février 2010.
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