Le débat sur l'éolien se radicalise en France
Cartes issues de vertitude n° 30

Selon les derniers chiffres du Conseil mondial de l'énergie éolienne (GWEC), l'énergie du vent est utilisée par plus de 70 pays et génère quelque 1,3 % de la consommation mondiale en électricité.
Dans ce contexte de forte croissance, et alors que l'Union européenne et la France ont fixé des objectifs ambitieux pour atteindre en 2020 une proportion de 20 % d'énergies renouvelables dans la consommation finale d'énergie, le débat sur l'éolien se radicalise en France. Partie prenante ou simple observateur, chacun a besoin d'éléments concrets pour éclairer un débat où interviennent trop souvent l'irrationnel et le subjectif. Armelle Thomas et Michaël Pierrot spécialistes des énergies renouvelables ont sélectionné 4 préjugés sur les éoliennes en démontrant les limites d'un tel raisonnement.
1- L'énergie éolienne est soumise aux caprices du vent, et ne se stocke pas, ou fort difficilement.
Il s'agit là d'une réalité physique et reste d'ailleurs la base d'attaques récurrentes contre l'éolien. Précisons toutefois que cette impossibilité de stockage direct ne lui est pas spécifique, mais constitue une caractéristique de l'énergie électrique en général, quelle que soit son origine : l'électricité éolienne n'est ni plus, ni moins stockable que l'électricité thermique ou nucléaire.
2- Si l'on ne réduit pas la consommation énergétique, le développement de l'éolien (et des autres énergies renouvelables), ne suffira pas à réduire durablement les émissions de CO2.
L'éolien n'a de sens que dans le cadre d'une politique globale de l'énergie visant à en maîtriser la consommation. La production d'électricité en France étant assurée à 88 % par le nucléaire, elle est responsable de seulement 6 % des émissions de CO2 du pays. Le choix de l'option nucléaire permet aujourd'hui à la France d'avoir le plus bas taux d'émission de CO2 par
habitant d'Europe.
3 - Les éoliennes ont un impact sur le paysage, et participent à l'environnement sonore.
En ce qui concerne l'aspect paysage, le débat sur l'esthétique, notion subjective s'il en est, n'apparaît tout simplement pas constructif. Quant au bruit, il varie bien sûr selon la puissance des aérogénérateurs, leur nombre et leurs caractéristiques propres. D'autres facteurs entrent en jeu (la distance, la végétation, la vitesse du vent...) Mais pour les éoliennes récentes, la nuisance sonore n'existe quasiment plus, le bruit se noyant dans l'environnement sonore général.
4 - L'éolien est une filière industrielle à part entière, qui répond à des enjeux économiques et financiers.
Actuellement soutenue par l'Etat, elle est en pleine recomposition.
Depuis l'établissement des tarifs d'achat de 2006 de l'électricité renouvelable, l'éolien a décollé en France, rendant attractif et rentable le secteur pour les investisseurs et industriels. Les enjeux économiques et commerciaux de l'éolien sont certes très importants, mais il faut néanmoins les relativiser : le chiffre d'affaires du seul groupe Total était en 2006 six fois plus important que le marché mondial de l'éolien.
Néanmoins, il est clair qu'une rentabilité importante associée à des risques limités rend le "business éolien" attractif, de même que les taxes professionnelles qui sont un enjeu économique réel pour des communes sans ressource. Ainsi, les intérêts financiers en jeu ne doivent pas conduire à un développement anarchique de l'éolien industriel.
La lutte contre les émissions de gaz à effet de serre passe obligatoirement par une baisse de la consommation énergétique, qui est loin d'être la réalité actuellement, au niveau français, européen et mondial.
Aucun industriel de l'éolien, aucune association de promotion de l'énergie éolienne, n'a jamais prétendu remplacer toutes les autres sources par des aérogénérateurs. L'énergie du vent ne peut être qu'un des éléments nécessaires pour "mix propre". En ce sens, oui, l'éolien est "insuffisant", mais ce n'est pas en limitant, voire en stoppant son développement qu'on le rendra suffisant. Son développement doit se faire dans un cadre législatif, mais aussi méthodologique et technique rigoureux, avec une coordination au niveau régional, pour éviter
l'incohérence territoriale et la main-mise des intérêts financiers.
À l'échelle du millénaire, l'avenir énergétique ne passe ni par le pétrole, ni par le nucléaire, mais bien par des énergies… renouvelables, dont l'éolien fait partie.