> Consulter > Environnement & Technique n°293 - Janvier/Février 2010
En vous souhaitant bien du péril
Bruno MORTGAT,
Rédacteur en chef
Au gui l’an neuf, pour rien au monde je ne me soustrairais à la tradition des échanges de vœux. Il est toujours agréable d’en recevoir et de souhaiter à ses proches, à ses relations, à ses lecteurs, tout le bonheur et le bien-être que tout Homme est en droit d’espérer connaître. Quelle qu’en soit la formule, c’est bien à cela que se résument les vœux en général, mais il me semble, le contexte aidant, que leur signification est en train de changer du tout au tout : paradoxalement, ils sont de plus en plus sincères, alors qu’on n’y croit de moins en moins. Comment ne pas se souhaiter sincèrement tout le bonheur du monde quand on sait que nous vivons actuellement « le meilleur de la crise », entendez par là que la décennie qui vient sera plus facile que la suivante…
Crise de l’énergie, crise des matières premières, crise démographique, crise de la biodiversité, crise climatique, tout cela commence aujourd’hui. Le tableau que nous dresse Jacques Hamon de notre avenir proche dans ce numéro (p. 15) n’a rien d’apocalyptique, dans le sens où il y a de la place pour d’autres scénarios bien pires. Il est sans doute temps de regarder sans peur les choses en face et de nous approprier cette vision : le monde va changer rapidement, il nous faut désormais être capables de nous adapter.
De nombreuses entités locales et régionales planchent d’ores et déjà sur leur adaptation au changement climatique (voir notre article p. 10), des chercheurs anticipent les filières de recyclage indispensables à mettre en place pour faire face aux pénuries (voir p. 23), des entreprises imaginent de nouveaux modèles économiques permettant d’importantes économies de ressources (voir p. 61)… Les réponses à l’urgence sont nombreuses et variées, mais sont très loin d’être suffisantes. L’échec de Copenhague ne présage rien de bon en termes de mise en place d’une règle du jeu internationale adaptée à la situation. Plus que jamais, comme le rappelait récemment Edgar Morin(1), « il faut d’urgence changer nos modes de pensée et de vie » ; il importe que partout dans le monde, les acteurs professionnels locaux que nous sommes soyons mobilisés, avec une conscience aiguë de ce que nous avons à faire.
C’est vraiment loin d’être gagné, mais pour ne pas terminer sur une note pessimiste, souhaitons ardemment les métamorphoses qu’Edgar Morin appelle de ses vœux et voyons avec lui quelques raisons d’espérer dans « le surgissement de l’improbable », dans les « vertus créatrices de l’Humanité », voire dans « les vertus du péril ». C’est en effet souvent dans la mâchoire du requin prête à se refermer que le petit poisson trouve l’énergie pour s’en dégager au dernier moment.
La rédaction d’Environnement & Technique s’associe donc à moi pour vous souhaiter une année pleine d’improbable, de création… et de périls !
Note :
1.Edgar MORIN, « Eloge de la métamorphose », Le Monde, 11 janvier 2010, p. 18.