> Consulter > Environnement & Technique n°312 - Décembre 2011
Soit dit en passant : Petites Annonces
Bruno MORTGAT,
Rédacteur en chef
« Il y a deux voies pour le prophète : ou annoncer un avenir conforme au passé, ou se tromper »
Rémy de Gourmont
On peut penser ce qu’on veut de l’effet d’annonce : il arrive qu’il produise un effet d’entraînement positif ou négatif (effet boule de neige), mais il peut aussi ne rien produire : c’est l’effet Flop.
Illustration caricaturale du second cas : crédité d’environ 0 % d’intentions de vote par un sondage BVA, Hervé Morin a annoncé le 9 novembre qu’il annoncerait sa candidature à l’élection présidentielle le 27 novembre. Cette date étant postérieure à celle de notre mise sous presse, nous ne pouvons annoncer aujourd’hui que l’annonce annoncée a été énoncée ! Seule certitude, c’est bien l’effet d’annonce d’annonce, également appelé effet d’annonce au carré, qui était recherché. Et sans trop de risques, on peut pronostiquer que cela n’aura guère de conséquences.
On ne peut pas en dire autant du nouveau plan de rigueur de François Fillon.
Ici encore, un effet d’annonce est recherché, qui vise notamment à prévenir une dégradation de la note de la dette
souveraine de la France. Certes ce plan vise aussi et avant tout à « permettre à la France de maintenir son objectif de réduction du déficit public ». Mais comment ne pas penser qu’une certaine précipitation a présidé à son élaboration, dans un contexte certes tendu, lorsque l’on voit qu’il prend le contrepied du Grenelle de l’environnement et que certaines mesures assez évidentes qui auraient pu éviter au Gouvernement de se dédire ne sont pourtant même pas envisagées. C’est ainsi un nouveau coup de rabot de 20 % sur le crédit d’impôt développement durable, une augmentation du taux de TVA pour les travaux de rénovation des logements, la fin du PTZ dans l’ancien qui sont proposés. Bercy avait pourtant connaissance d’au moins deux rapports, l’un au Sénat et l’autre du Conseil d’analyse stratégique, soulignant la possibilité de supprimer des « subventions à la pollution » (exonération de taxe sur la consommation intérieure du secteur de l’aviation, défiscalisation des agrocarburants de première génération…) représentant potentiellement pour l’Etat 5,8 milliards d’euros d’économies (contre 2,6 pour la réduction des niches fiscales proposée).
Voilà à coup sûr une annonce qui aura dans l’immédiat des conséquences plutôt négatives sur un certain nombre
d’éco-activités, alors qu’à plus long terme, ses impacts bénéfiques attendus semblent bien hypothétiques, tant ils semblent plus susceptibles de brider la croissance que de l’encourager. C’est le fameux double-effet d’annonce, bien difficile à maîtriser !
Enfin, je n’oublie pas que certaines annonces ont un double-effet très positif. C’est particulièrement le cas de celles… de nos annonceurs, qui contribuent à leur propre succès commercial et à leur notoriété tout en soutenant l’existence d’une presse professionnelle de qualité ! Qu’ils en soient ici tous remerciés !