Taïwan : Un marché de l’environnement à explorer
Taïwan montre un intérêt croissant pour les questions environnementales et son gouvernement s’oriente de plus en plus vers la mise en place de politiques de développement durable, notamment dans le domaine de l’énergie. Le salon TIGIS en octobre offre une opportunité de découvrir ce marché prometteur.Bruno MortgatTaïwan : un île grande comme la région Bretagne, mais près de 8 fois plus peuplée (23 millions d’habitants) et occupée sur les trois quarts de son territoire par une haute chaîne de montagnes, de sorte que la densité de population dans les espaces « de plaine » y est de plus de 2000 habitants au km2. Un pays fortement industrialisé et urbanisé, où le niveau de vie est comparable à celui de l’Europe occidentale, mais où la pression sur l’environnement est l’une des plus fortes au monde. Après l’avoir longtemps négligé pour assurer son rapide développement économique, l’île n’a aujourd’hui plus d’autre choix que de prendre en compte son environnement si elle entend poursuivre sur la voie de la croissance. Sa forte dépendance du pétrole et ses ressources en eau limitées constituent désormais une menace pour la survie de l’économie. Signe de cette prise de conscience, le gouvernement actuel mène une politique encourageante dans le domaine de l’énergie, a lancé des travaux législatifs dans le domaine de l’eau et annoncé au printemps la création en 2012 d’un « grand ministère » de l’écologie, alors qu’il ne dispose pour l’instant que d’une agence (Taïwan EPA), rattachée au premier ministre. Ce contexte environnemental tendu est bien entendu susceptible d’être porteur d’opportunités d’affaires pour les éco-entreprises, qui pourront aborder ce marché à l’occasion du salon TIGIS, qui se tiendra du 25 au 28 octobre 2010 à Taipei, et à l’occasion duquel Ubifrance organise une mission découverte.
Energie et climatTaïwan demeure très largement dépendante de l’étranger en ce qui concerne son approvisionnement en énergie (99,34 % en 2008). La production d’électricité repose en majeure partie sur les centrales thermiques (79,4 %), ceci posant un réel problème de pollution ; 17,13 % provient de l’énergie nucléaire ; 3,26 % de l’énergie hydraulique, le reste étant assuré par l’éolien (0,25 %) et le solaire (0,001 %).
Taïwan fait partie des pays qui, comme l’UE, se sont fixés des objectifs d’économie d’énergie et de réduction des émissions de CO2, alors que rien ne l’y contraignait puisque Taïwan n’est pas signataire du Protocole de Kyoto (Taïwan n’est pas membre de l’ONU).
L’île s’est fixée un calendrier avec des objectifs pour 2016, 2020 (retour au niveau d’émissions de 2005, soit une réduction de 30 %), 2025 (retour au niveau des émissions de 2000) et 2050 (50 % des émissions de 2000). Actuellement, Taïwan produit 1 % des émissions de CO2 de la planète avec seulement 0,3 % de la population mondiale. Depuis 2007, ses émissions se sont arrêtées de croître, enregistrant deux années de suite une baisse de près de 5 %.
Le gouvernement insulaire a publié deux lois en 2009 sur la gestion de l’énergie et sur le développement des énergies renouvelables (EnR). La première oblige les industriels à adopter les meilleures techniques disponibles du point de vue de l’efficacité énergétique. L’Etat subventionne par ailleurs l’installation d’équipements économes en énergie, et depuis 2009, il a investi près de 700 M? dans le développement des EnR (photovoltaïque, diodes électroluminescentes, éolien, biomasse, agro-carburant, hydrogène, piles à combustible, voitures électriques…). Cette politique vise à augmenter la valeur de la production du secteur vert pour atteindre 29 Milliards d'euros en 2015.
500 Millions d'euros ont par ailleurs été investis dans la R&D sur les technologies de l’énergie verte, qui devraient selon le gouvernement induire 5 Milliards d’euros d’investissements dans le secteur privé.
Un programme habitat bas carbone doté de 800 Millions d'euros sur 4 ans sera lancé en 2011 par l’EPA, qui vise à développer 6 villes bas carbone d’ici 2014 et 25 villages bas carbone d’ici fin 2011.
Un plan pour la promotion du green building est déjà en cours pour la période 2010 – 2013 (Ministère des affaires économiques et ministère de la construction), il vise à équiper des bâtiments existants de systèmes high tech pour les économies d’eau et d’énergie ainsi que pour la qualité de l’environnement intérieur. Le gouvernement a un budget d’incitation de 65 Millions d'euros sur ce plan, qui vise à induire de l’investissement privé à hauteur de 150 M?, et à créer un marché annuel de 800 Millions d'euros sur ces équipements.
Sans même parler du marché des équipements de production d’énergie, il y a donc à Taïwan un marché pour les prestations d’études d’empreinte carbone, de compensation, de vérifications des émission, ainsi que pour toutes les technologies économes en énergie (variation de vitesse sur moteurs ou pompes, les logiciels de régulation et télégestion de process ou d’appareils consommateurs d’énergie, etc.).
Eau : priorité à la ressourceEn ce qui concerne les normes de traitement des effluents urbains ou industriels, Taïwan est assez en retard sur la Chine et sur les pays occidentaux. « Les niveaux de traitements requis pour les effluents urbains et industriels sont encore relativement peu élevés et il n’y a actuellement pas de contrainte forte sur le plan du contrôle », explique Chang Wang-Kuan, directeur de la division eau et technologies d’analyses environnementales de l’ITRI (Industrial Technology Research Institute), principal centre de recherche appliquée de Taïwan. « De ce fait, la demande en matière de traitements de haute technologie reste assez faible, et pour ce qui est des traitements classiques, il existe déjà sur place des entreprises capables de répondre aux besoins. »
Les choses devraient toutefois changer dans un avenir proche. En effet, alors que les besoins en eau vont croissant, la qualité de l’eau à Taïwan reste de manière générale plutôt mauvaise et ce d’autant plus que les ressources en eau sont limitées. L’évolution climatique ces dernières années a été sensible avec des périodes de sécheresse plus longues, et des épisodes pluvieux catastrophiques ne permettant pas de recharger les réservoirs naturels de façon convenable.
Le gouvernement a un projet de loi sur l’eau qui devrait aboutir en principe à des normes plus sévères, mais le processus législatif est long, et pour l’instant, on ne sait pas encore ce que contiendra ce texte, qui pourrait être publié d’ici trois ans.
En attendant, « le gouvernement mène une politique de regroupement des industries sur des parcs industriels où il est propriétaire des terrains », indique M. Chang. « Les entreprises qui acceptent de s’y implanter bénéficient d’avantages fiscaux, et ces parcs sont équipés de stations d’épuration qui anticipent déjà sur la future réglementation », et qui sont d’ailleurs exploitées par des groupes privés comme Veolia Eau. « Les grandes entreprises d’Etat (pétrochimie, énergie, eau…) sont de leur côté aussi incitées aussi à anticiper sur la future réglementation. » Mais dans le secteur privé, les entreprises attendront probablement de savoir plus précisément à quoi s’en tenir.
Si le traitement des effluents ne semble pas pouvoir constituer un marché significatif à court terme, les entreprises proposant des services ou des produits dans les domaines de l’économie d’eau, du traitement de la ressource ou du recyclage des eaux usées pourraient disposer d’un marché plus rapidement. Le dessalement d’eau de mer se pratique déjà, mais la demande pourrait devenir forte, surtout pour des technologies pas trop gourmandes en énergie, les ressources énergétiques propres de l’île étant également limitées.
Taïwan a mis en place une politique d’allocation de la ressource en eau, qui donne normalement la priorité à l’agriculture. Celle-ci dispose ainsi normalement de plus de 50 % de la ressource. « Mais en période de sécheresse, il arrive que l’irrigation soit interdite pour permettre à l’industrie de poursuivre son activité », indique
M. Chang. On s’intéresse donc beaucoup à Taïwan à la possibilité de recycler les eaux usées en agriculture, mais aussi au recyclage des eaux de ruissellement agricole, qui posent semble-t-il des problèmes de traitement très particuliers. Au niveau des industries, les traitements zéro rejet qui permettent de recycler les eaux usées dans le process semblent aussi promis à un bel avenir.
Plus d’infos :Mission découverte Ubifrance :
http://www.ubifrance.fr/Taïwan/001PRG-14119+mission-de-decouverte-environnement-a-l-occasion-du-salon-tigis-2010-Taïwan-e.htmlSalon TIGIS :
www.greenTaïwan.tw Téléchargez également sur
www.pro-environnement.com/images/Publications/Web_299/Les_energies_vertes_et_les_ecoconstructions_Taiwan (2).pdf une fiche sur les énergies vertes et les éco-constructions à Taïwan.