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Eau en montagne : Signal d’alarme

Jean-François DONZIER,
Directeur Général de l’Office International de l’Eau (OIEau)
Secrétaire du Réseau International des Organismes de Bassin (RIOB).


Tous les rapports récents du Groupe international d’étude sur le climat (Giec), du Secrétariat de la Convention d’Helsinki de l’ONU, de l’Agence européenne de l’Environnement, de la Commission européenne, de la Convention alpine à Vienne et du Groupe interministériel français sur l’impact du changement climatique, sont alarmants.
 
En effet, sous l’effet déjà très sensible du changement climatique en montagne, avec la diminution de l’enneigement et la fonte des glaciers, les régimes hydrauliques de tous les grands fleuves européens qui y prennent leur source (Ebre, Rhône, Pô, Rhin, Danube, Vistule…), sont en train de se modifier.

Ces fleuves ont en effet un régime principalement nivo-glaciaire, caractérisé par :
— des précipitations neigeuses pendant la période froide, permettant une limitation des écoulements et donc des inondations en automne et en hiver,
— un déstockage pendant la période chaude, avec la fonte des neiges et des glaciers, permettant d'alimenter les étiages, principalement en aval, dans les grandes plaines européennes.

Les montagnes jouent donc le rôle de « régulateurs » et on dit qu’elles sont « les châteaux d’eau de l’Europe », or elles sont d’ores et déjà parmi les premières victimes du changement climatique !
La température moyenne des Alpes a augmenté en un siècle de plus du double du réchauffement terrestre global et les modèles y projettent une augmentation de température d’ici à 2100 comprise entre + 2,6 et + 3,9 °C.
Les glaciers alpins, qui ont déjà perdu entre 20 et 30 % de leur volume depuis 1980, pourraient encore régresser de 30 à 70 % d’ici à 2050 ; quasiment tous les plus petits d’entre eux auraient alors disparu !

A l’avenir, la répartition saisonnière des précipitations sera fortement modifiée, avec une augmentation en hiver et au printemps (de plus en plus sous forme de pluie plutôt que de neige), et une forte diminution en été.
Les débits des grands fleuves européens de régime nivo-glaciaire seront sensiblement modifiés : en moyenne on observerait d’ici 2100 une augmentation de + 20 % des débits en hiver, mais une réduction de - 17 % au printemps et jusqu’à - 55 % en été.
La fréquence et l’intensité des inondations en automne, hiver et printemps, ainsi que des sécheresses estivales vont singulièrement augmenter, tout comme l’érosion, les glissements de terrains, la température de l’eau, la qualité des rivières allant se dégradant.
La production hydroélectrique serait réduite de – 15 % ; le refroidissement des centrales thermiques et nucléaires sera plus difficile en été.
La navigation fluviale en plaine nécessitera des bateaux de moindre tirant d’eau, dans les stations de ski la production de neige de culture sera généralisée et on assistera à une demande accrue en eau d’irrigation, notamment dans les régions du Sud …

Quelles que soient le mesures prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, celles-ci n’auront qu’un effet limité sur ces phénomènes hydrologiques déjà en cours et dont les conséquences sur l’eau vont s’aggraver dès les prochaines années (2050 – 2070) !
 
Face à ces défis, il est urgent de mieux reconnaitre le rôle des montagnes pour la collectivité dans son ensemble et de mieux aider les montagnards, dans le cadre de politiques intégrées des bassins, pour qu’ils puissent assurer la gestion des territoires, des écosystèmes et des ressources en eau des massifs, et réaliser les équipements intégrés nécessaires en amont, pour continuer à protéger l’aval contre les risques et à fournir aux plaines et à nos grandes villes de l’eau abondante et de qualité, dont elles auront de plus en plus absolument besoin ...

En savoir plus : www.riob.orgwww.oieau.org

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