Réconcilier environnement et compétitivité : une voie possible
Alors que les principaux pays pollueurs (Etats-Unis, Chine) refusent de s’engager, il est difficile pour une entreprise de réaliser des investissements ambitieux dans des innovations environnementales (éco-innovations), sans pénaliser sa compétitivité. Cela constitue d’ailleurs l’argument principal des opposants à une avancée des négociations sur le changement climatique, comme le montrent les difficultés liées à la ratification du paquet Energie-Climat au sein de l’Union européenne.
Pourtant, c’est là une erreur grossière de considérer que la protection des ressources naturelles est toujours dommageable pour l’économie. Les scientifiques ont montré à plusieurs reprises que le coût de l’anticipation du changement climatique est de très loin inférieur au coût de l’adaptation à ce phénomène. Cette distinction entre court terme et long terme, renforcée par la situation de concurrence internationale, symbolise en réalité le verrou qui empêche les entreprises européennes d’investir massivement dans les éco-innovations. Comment l’Union européenne peut-elle dans ce cas réconcilier protection de l’environnement et compétitivité de ses entreprises ?
Les forces du marché fonctionnent très souvent grâce aux signaux perçus. Lorsque ces derniers ne sont pas positifs, le marché s’effondre ou se détourne du bien considéré. Les cours des Bourses mondiales en donnaient récemment un exemple éclatant. Dans le cas de l’environnement, il s’agit pour l’Union européenne d’envoyer un signal fort envers ses partenaires commerciaux extérieurs, afin que ceux-ci intègrent la valeur de l’environnement dans les échanges commerciaux.
Politique commerciale active
Pour ce faire, l’Union doit mener une politique commerciale active, ce qui signifie utiliser une large palette d’instruments économiques au service de l’environnement. Ceux-ci peuvent prendre la forme d’une taxe aux frontières, mais aussi de normes techniques obligatoires, à la manière de du règlement REACH, sur les importations de produits chimiques. L’OMC a déjà indiqué à plusieurs reprises son intérêt grandissant pour l’intégration de la problématique environnementale dans les règles du commerce international. Il n’est donc pas acquis que l’Union puisse être accusée de protectionnisme, d’autant qu’elle possède aujourd’hui un des taux d’ouverture commerciale les plus élevés au monde. Enfin, l’Union devra également pondérer l’application de ces instruments suivant le niveau de développement du pays concerné. De tels mécanismes existent déjà (l’initiative « Tout sauf les armes », ou encore le Système de préférences généralisées), mais ne touchent qu’un nombre restreint de pays en développement, et ne s’intéressent pas à l’environnement.
Les conséquences d’une telle politique commerciale seraient sans aucun doute positives pour l’économie européenne. En premier lieu, le renchérissement du coût de certains produits importés devrait potentiellement s’accompagner d’une relocalisation d’activités sur le territoire européen. En second lieu, un signal positif serait envoyé aux consommateurs et entreprises européennes, relançant l’investissement. Partant de là, la situation de l’emploi devrait normalement s’améliorer puisque le contenu en emploi des investissements dans le secteur de l’environnement est supérieur à celui mesuré dans les secteurs traditionnels, d’après un rapport récent du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).
La création de ce cercle vertueux environnement/économie est encore incertain, reposant sur de nombreuses hypothèses. En revanche, il est clair que l’inaction ne sera favorable ni à la croissance européenne, ni à la préservation des ressources naturelles.
(1) Co-directeur, avec Elvire Fabry, de l’étude « Environnement et compétitivité, une stratégie globale pour l’Europe », Fondation pour l’innovation politique, décembre 2008, téléchargeable gratuitement sur www.fondapol.org.