Pour sortir de la crise : l’économie de fonctionnalité
La crise économique d’aujourd’hui a fondamentalement une origine financière. Néanmoins, ce déclencheur a aussi occulté des changements économiques auxquels notre économie doit s’adapter et dont elle peut tirer un grand parti.
Résumons. Le développement du modèle économique du dernier demi-siècle, magnifié par son adoption par les pays émergents(1) a provoqué un enchérissement des ressources. La pause due à la crise nous laisse un peu (pas beaucoup) de temps pour reconvertir notre économie. Si la croissance mondiale repart, ce sera l’envolée des prix de l’énergie et des matières premières parce qu’il n’y en a pas pour tout le monde dans ce modèle désormais ancien. Dès lors, la logique doit être inversée : la baisse des coûts devra concerner l’énergie et les matières premières, donc leur réduction en quantité, et non plus la main d’œuvre dont la qualité va être de nouveau recherchée. Faut-il jouer la décroissance ? Du tout car c’est la valeur ajoutée qui fait la richesse et pas la consommation d’énergie et de matières premières.
Dans la logique du développement durable qui consiste, notamment, à découpler la « croissance » de la consommation des ressources, l’économie de fonctionnalité apporte le remplacement de la vente du bien par celle de l’usage du bien. C’est Michelin qui facture les kilomètres parcourus par les camions équipés de ses pneus au lieu de les vendre, c’est Xerox qui facture les photocopies à l’unité, au lieu de vendre ou de louer les machines, c’est JC Decaux qui loue des Vélib’ au lieu de vendre des vélos.
Elle suppose un plus grand recours à la main d’œuvre locale, ce qui diminuera les coûts sociaux, fardeau de nos économies marquées par le chômage. Plus de main d’œuvre et moins d’énergie et de matières premières génèrent aussi plus de compétitivité à la fois pour le fournisseur et pour le client ayant tous deux basculé dans le nouveau modèle économique. Grâce à une durabilité accrue, renforcée par une maintenabilité renforcée, les dépenses sont converties en profit supplémentaire pour le fournisseur et en abaissement de coûts pour l’acheteur.
En ces temps de taxes sur la pollution, un gisement d’économies substantielles émerge avec cette réduction drastique de la consommation de ressources : le bilan carbone(2) chute radicalement sans le moindre effort !
L’option de la baisse systématique des coûts, rejetant l’innovation aux calendes grecques, a atteint sa limite, notamment en accroissant la pollution mondiale par un surcroît de transport et en favorisant la production dans des zones où la protection de l’environnement n’est pas la priorité. La page se tourne : il faut prendre la vague. Pays d’inventions scientifiques et techniques, la France néglige, selon l’OCDE, l’innovation, surtout organisationnelle. L’économie de fonctionnalité, pour laquelle divers exemples existent déjà, avec un concept aujourd’hui maîtrisé, est le tremplin d’un retour à la pointe de l’économie.
Ainsi, la France entrera de plain-pied dans le développement durable en ayant réconcilié réussite économique et responsabilité écologique.
Eric FROMANT,
Dirigeant, Periculum Minimum
Notes :
1. Aujourd’hui clairement « émergés » en termes de consommation des ressources de la planète.
2. Bilan Carbone est une marque déposée de l’Ademe.