RSE et santé à l'international: quelle réalité ?

Si la majorité des entreprises n’intègre pas encore la santé de leurs collaborateurs à l’international dans leur politique de RSE, cette tendance pourrait cependant s’inverser dans le futur. Zoom sur une étude TNS Sofres sur la perception des multinationales françaises.

La santé des salariés à l’international n’a pas encore sa place dans le champ de la RSE.  Quelques entreprises pionnières pourraient cependant ouvrir la voie.  Aujourd’hui, trois approches prédominent dans les multinationales françaises : à minima, en construction ou responsable. C'est l'un des résultats de l'étude d'International SOS commandée à TNS Sofres « Responsabilité sociale de l'entreprise et santé à l'international, la perception des multinationales françaises ».
Entre le 15 février et le 6 juin 2008, l'institut a interrogé 430 dirigeants de groupe. En interne, le seul interlocuteur perçu comme légitime pour s'exprimer sur ces questions s'est avéré être le responsable de la mobilité internationale. Cependant même pour les entreprises dont la politique de santé à l'international se révèle vertueuse, ce dernier n'établit pas de lien entre la RSE et leurs actions pour la santé de leurs expatriés. Les directions mobilité internationale et celles des RH, RSE ou même DD semblent cloisonnées et n'échangent pas sur cette question.
Parmi les éléments qui fondent la politique à l'international, la perception de la santé figure en bonne place. Selon le groupe, elle peut se définir soit comme une absence de maladie ou comme un bien-être à la fois physique, mental et social.  
La culture que la multinationale a de la mobilité joue également un rôle. Certaines entreprises, souvent implantées dans des zones à faibles risques, l'appréhendent de manière stricto business : centrée sur le transfert des connaissances et des compétences acquises à l'international.
D'autres perçoivent la gestion de la mobilité comme un enjeu. Elles le présentent comme un élément concurrentiel sur le marché du recrutement. Enfin, pour les groupes qui débutent leur pratique de la mobilité, les réactions aux difficultés rencontrées se font dans le même temps que la réflexion sur ce nouveau axe de développement.
De ces caractéristiques découlent les différentes prises en charge de la santé des expatriés. Certaines  multinationales se contentent de suivre les contraintes de la loi. La prise en charge de la santé est à minima, souvent externalisée. Le groupe évite les zones identifiées comme dangereuses. Les moyens disponibles sont réduits au minimum et mobilisés pour gérer la crise (rapatriement, soins d’urgence sur site). Pour d'autres, l'implication est présente mais sa pratique récente de la mobilité constitue un frein pour la gestion de la santé. L’entreprise dispose encore de peu de moyens humains dédiés et les outils de prévention et de gestion du risque restent minimes.
Enfin, des groupes estiment que la santé dans l'entreprise constitue la santé de l'entreprise. Ils donnent les moyens à leurs collaborateurs d'évaluer les risques, de les anticiper et les gérer. La politique est élargie à la famille et parfois même aux communautés locales.


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Crédit : International SOS/TNS Sofres

D'une façon plus large, au niveau du CAC 40, 20 % des entreprises sont pionnières et s'engagent au-delà des obligations légales; 53 % apparaissent comme engagées dans des actions de santé à l'international sans définir toutefois de politique systématique dans leurs rapports de développement durable. 27 % se révèlent discrètes : elles mènent des politiques minimalistes vis-à-vis de leurs responsabilités.

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Intégrer la santé à la RSE pour diminuer les risques

Certaines entreprises comme BNP Paribas commencent à intégrer la santé à l'international dans leurs politiques de RSE. Zoom sur leurs motivations avec Odile Cochet, coordinatrice opérationnelle mobilité internationale


La gestion de la santé des collaborateurs à l’international fait-elle partie de la démarche RSE de BNP Paribas
?

Non, pour le moment elle n’en fait pas partie mais nous sommes en train de travailler dessus.

Pourquoi  comptez-vous l’intégrer dans cette démarche ?

Mettre en place une politique de mobilité à l’international sans tenir compte du volet santé/sécurité n’a pas de sens pour l'entreprise qui doit par ailleurs respecter un certain nombre de règles du pays d’originie lorsque son collaborateur part à l’étranger. Savoir que le collaborateur bénéficie de ce type de couverture losqu’il est à l’étranger constitue un gage de sécurité. Aujourd'hui, nous réalisons un certain nombre d'actions  mais elles cont surtout axées « collaborateurs français », pas au niveau mondial.  Notre souhait serait de pouvoir harmoniser ces pratiques au niveau mondial en liaison avec les RH locales, c’est un travail long et délicat.

Aujourd'hui de quelle manière accompagnez-vous vos salariés ?


Nos collaborateurs qui partent de certains territoires d’Europe, d’Amériques (Angleterre, Italie, USA par exemple), disposent d'une couverture santé adaptée, souscrite par leurs pays d’origine.
Malheureusement, tous nos expatriés dans le monde ne peuvent disposer de la même couverture sociale. Par contre si une couverture santé existe dans le territoire d’accueil, alors très souvent ils peuvent en bénéficier.

Comment aidez-vous ces expatriés?

Nous avons souscrit un contrat d’assistance mondial au niveau santé, sécurité, rapatriement sanitaire, contrat qui concerne l’ensemble des collaborateurs dans le monde et pas uniquement les expatriés

Une nouveauté : depuis mars 2008 en France et septembre 2008 pour nos territoires à l’étranger, des formations interculturelles ont été mises en place. Elles permettent au collaborateur ainsi qu’à sa famille de faciliter la période d’adaptation professionnelle et personnelle et de leur faire prendre conscience des risques sanitaires éventuels dans le pays d’accueil.


Quels seraient les axes d'amélioration ?


Nous étudions la possibilité d’engager certains collaborateurs, non français dans une structure ad hoc, leur permettant de bénéficier, durant leur expatriation, d’une couverture santé, retraite, invalidité, leur territoire d’origine ne pouvant continuer à les couvrir.
Un autre point de réflexion : systématiser les visites médicales avant le départ. La réglementation française impose une visite médicale, au sein de l’entreprise ou dans des centres spécialisés, avant de partir, ainsi qu’une visite annuelle. Tous les collaborateurs ne disposent pas de ce type de prestation, ce qui peut être un facteur de risque social.
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Avez-vous des retours d'expérience des expatriés sur ces questions?

Nous avons réalisé une enquête en 2008 : sur un panel de 412 personnes parties sur un an, nous avons eu 95 réponses.  Parmi les sondés, 59 % connaissent la politique d’expatriation et 68 %  trouvent le contenu clair et précis. Les points majeurs qui ressortent de cette enquête sont : le logement, l’accueil à l’arrivée par le métier, et la RH, l’assistance fiscale et enfin la remise d’un guide d’accueil à l’arrivée.

Intégrez-vous les populations locales dans votre politique de santé à l'international ?

Non . Il faut du temps et des moyens et pour l’instant nous ne pouvons pas les intégrer.

Quelles sont vos pistes de réflexion pour introduire la santé à l'international dans la RSE ?


A l’initiative d’International SOS (1) un groupe de travail a été mis en place pour étudier toutes les facettes de la RSE. Le Médecin Coordonnateur de BNP Paribas ainsi q’un membre de la mobilité internationale participent à ce groupe de travail.
Nous étudierons ultérieurement comment appliquer certains aspects des travaux au sein de BNP Paribas.

A quel horizon pensez-vous y arriver ?

Le groupe de travail va démarrer ses travaux en janvier 2009. Ceux-ci devraient s’achever en juin 2009 nous laissant ensuite d’ici la fin de l’année d’étudier différentes pistes.

(1) International SOS est un groupe spécialisé dans l’assistance et la sécurité des collaborateurs des entreprises à l’étranger

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RSE et santé, un nouveau dialogue

International SOS, spécialiste de l’assistance et la sécurité à l’étranger encourage les entreprises à intégrer la problématique de santé à l'international à leur politique de RSE.
Explications du Dr Guibert d’International SOS.



Quel intérêt les entreprises ont à intégrer la santé à l'international dans leur politique de RSE ?

Intégrer la santé à l'international au sein de la RSE permet que cette problématique soit considérée comme une  priorité pour l'entreprise.  Nous ne voulons pas ajouter un vernis RSE sur la santé à l'international mais montrer aux entreprises que pour aller au bout de leurs réflexions, elles doivent prendre en compte cette problématique.
Certaines entreprises considèrent que la santé relève de la sphère privée, de l'autonomie des collaborateurs. Elles proposent des aides à minima. C'est pourtant dans leur intérêt de les accompagner car les collaborateurs sont leur capital à l'international.

Voyez-vous aujourd'hui une évolution sur ce sujet ?

Aujourd'hui, une jurisprudence est en train de s'établir, « duty of care ». Le périmètre de la responsabilité des entreprises n'est plus limité au pays de départ mais s'étend aux régions où les collaborateurs travaillent et vivent. Si elles ne prennent pas toutes les mesures d'information, sensibilisation et accès aux soins de leurs collaborateurs, elles peuvent être pénalement responsables. C'est une tendance que nous observons un peu partout en Europe.

Quelles sont les difficultés rencontrées par les entreprises dans la gestion de la santé de leurs collaborateurs?


Le principal obstacle reste la perception des enjeux et la méconnaissance des véritables risques auxquels sont confrontées les entreprises : elles doivent démontrer qu'elles ont tout mis en œuvre pour assurer en bonne connaissance de cause le meilleur environnement de protection possible.
D'un événement purement sécuritaire, comme des attentats, découle des questions de santé. La logique santé/ sécurité est intégrée et doit s'anticiper. Avoir un collaborateur en bonne santé c'est aussi préserver sa sécurité.

Comment l'entreprise gère la frontière public - privé ?


L'entreprise doit donner tous les moyens à ses collaborateurs pour qu'ils soient responsables d'eux-mêmes. Une personne placée dans un environnement nouveau doit bénéficier d'une formation interculturelle. Mais également savoir quels sont les risques liés à l'alimentation, les piqûres, la circulation routière, les choses à ne pas faire, etc.

Quelle est la proportion d'entreprises qui s'investissent pour les populations locales?

Quand la mission dépasse un an ou deux, l'entreprise a intérêt à la fois pour son intégration dans la communauté locale, le regard bienveillant des autorités, des bailleurs de fonds, etc. de s'investir dans ce type de projet.
La communauté internationale est également de plus en plus vigilante : les multinationales ont le devoir non seulement de laisser l'endroit aussi propre que quand elles sont arrivées, mais que leur activité bénéficie également aux communautés locales.

Quelles sont les marges de progression dans les entreprises sur les questions de santé à l'international ?


Elles sont énormes.  Bien souvent ces questions sont abordées de manière compartimentée au sein des entreprises. Il faudrait que des personnes qui soient en charge de la mobilité internationale se mettent autour de la table avec des responsables de la gestion des risques, du développement durable, des ressources humaines et que ces questions-là soient abordées. Émergeront alors naturellement la notion de RSE, la formation des collaborateurs, la mise en place des bilans de santé, des procédures en interne pour éviter que des collaborateurs puissent partir sans être vaccinés sans avoir des informations, etc.
Certaines entreprises ne savent pas combien elles ont de collaborateurs expatriés, l'information se fait de manière informelle. Les outils existent déjà, reste à développer des politiques cohérentes et adaptées aux expositions.







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