> Consulter > Vertitude N°34 - 2eme semestre 2009

La crise, un appel d’air pour le développement durable

Les démarches de Responsabilité Sociale et Environnementale (RSE) ont connu ces dernières années un essor important dans les entreprises.

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Par Elisabeth Laville, Fondatrice d’Utopies,
cabinet de conseil spécialisé sur le développement durable


Avec la récession actuelle, beaucoup d’observateurs s’interrogent sur leur sort : sont-elles appelées à être mises entre parenthèse, dans un contexte de maîtrise des charges ? Je suis convaincue à l’inverse que, dans le paysage de l’après-crise et plus encore pour sortir de la crise, la RSE et le développement durable devront occuper une place centrale.

D’abord, parce que la crise actuelle n’est pas qu’économique et financière : elle est, fondamentalement, multi-
dimensionnelle – comme le développement durable. Les Français ne s’y trompent d’ailleurs pas, qui fin 2008
s’inquiétaient autant (pour 60,5 % d’entre eux) de la crise écologique et climatique que de la crise financière, voire même davantage pour une personne sur cinq(1). Ils ont raison, évidemment, car la crise  écologique est là depuis plus longtemps et pour longtemps sans doute, que la crise financière – et elle risque à terme de coûter plus cher. Le coût global de la crise financière de fin 2007 à la mi-2009 est estimé au maximum à 22 000 milliards de dollars, soit
environ 20 % du PIB mondial sur la période(2)… là où l’inaction en matière climatique pourrait coûter 5 à 20 % du PIB mondial chaque année tandis que la facture de la dégradation des écosystèmes, là encore en cas d’inaction, est estimée pour sa part 7 % du PIB mondial par an. Et à la crise écologique s’ajoute la crise sociale, car les égradations de l’environnement affectent principalement les plus démunis – des 200 millions de réfugiés climatiques annoncés dans les pays du Sud à la fracture énergétique dans les pays occidentaux.

Ensuite, parce que la crise économique est précisément née d’une double carence de responsabilité des acteurs économiques.
Tout a en effet commencé quand des organismes financiers américains, peu scrupuleux et peu régulés, ont distribué à tour de bras des crédits immobiliers sans se préoccuper du risque de surendettement de leurs clients, tablant sur la hausse des prix de l’immobilier pour saisir et revendre les biens en cas de défaillance des clients. Dans la foulée, des banques ont racheté ces créances, sans vraiment s’intéresser aux activités qu’elles financaient… et du coup sans repérer la “bombe à retardement” sociale qui a fini par faire les dégâts que l’on sait.

Autre argument : les caractéristiques de la “consommation en temps de crise” ressemblent étonnamment à celles de la consommation responsable, et il y a fort à parier que la crise actuelle contribue à faire basculer les comportements de consommation dans un sens favorable au développement durable. D’abord, 68 % des Français estiment désormais qu'on leur propose "des produits trop sophistiqués" ne répondant pas vraiment à leurs besoins, et préfèrent éviter de les acheter, privilégiant la fonctionnalité et la durabilité des produits(3). Durabilité oblige, les produits d’occasion ou réparables ont le vent en poupe… de même que les services proposant de louer un produit juste lorsqu’on en a besoin, plutôt que de l’acheter, comme Vélib’ ou Autolib.
Et les consommateurs privilégient les circuits courts, comme les AMAP pour les fruits et légumes, qui coûtent moins cher et donnent plus de sens aux achats. Il est frappant d’ailleurs de constater que les produits responsables, du bio aux écolabels, sont les seuls à connaître une croissance à deux chiffres, dans un contexte de récession générale.

Enfin, les contraintes environnementales fortes pesant sur les activités économiques (voir par exemple le bâtiment, qui doit révolutionner sa façon de construire pour faire face aux enjeux énergétiques) ont pour contrepartie des perspectives de création d’emplois nouveaux, non délocalisables, dans la rénovation énergétique des bâtiments par exemple ou dans les énergies renouvelables.
Et certains secteurs prometteurs sont encore très délaissés en France : ainsi, la gestion alternative de l’eau, qui consiste par exemple à développer et installer des solutions de récupération des eaux pluviales dans les bâtiments (l’eau étant ensuite utilisée pour les chasses d’eau dans les toilettes ou l’arrosage des jardins), a déjà créé
60 000 emplois en Allemagne… mais reste balbutiante dans l’Hexagone.

Autant dire que le développement durable n’est pas à mettre au rencart dans la période actuelle, dans l’attente de jours meilleurs, mais au contraire à placer, plus que jamais, au cœur des stratégies de relance politiques et
économiques. Faute de quoi, nous risquons de n’avoir, en guise de jours meilleurs, que des crises successives…

1-  Sondage de LH2, octobre 2008
2 - Source : AGEFI, novembre 2009
3 - Sondage IFOP pour le JDD, février 2009
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