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Ecotourisme

Panama : un environnement riche mais menacé

Gabriel ULLMANN(1)

(Note : ce voyage d’étude de 4 semaines a été facilité par :
- Los Quetzales Lodge
- Yandup island Lodge
- Gamboa Rainforest Resort
Je tiens à les remercier.

Le Panama, pays d’Amérique centrale situé entre le Costa-Rica au Nord et la Colombie au Sud, peut paraître en soi un petit pays avec ses 75 517 km2 (un huitième de la France) et ses quelque 3 300 000 habitants. C’est surtout un territoire riche et impressionnant de diversité en climats, en paysages, en cultures humaines et en biodiversité..  

Le Panama est coupé en deux par le fameux canal entre Colon (côte Atlantique) au Nord-ouest et la capitale Panama City (Pacifique) au Sud-est, mais aussi dans le sens Est-Ouest par une succession de chaînes montagneuses. L’altitude moyenne est plutôt élevée avec 1525 m et un sommet qui culmine à 3475 m (Volcan éteint Barú).

dIl y règne d’un climat tropical avec des températures variant selon les saisons de    19° C (à l’intérieur) jusqu’à 30 °C dans les régions côtières. La végétation et sa luxuriance sont dépendantes principalement de la pluviosité, avec une grande différence entre les deux côtes. Le versant Caraïbe (Atlantique), très arrosé avec des précipitations annuelles atteignant voire dépassant les 3 000 mm, abrite de vastes et belles forêts humides encore relativement préservées. Le versant Pacifique jouit d’un climat comparativement plus sec (avec 1600 mm) se traduisant par un couvert végétal et arboré plus clairsemé avec des savanes arborées et des forêts décidues.

Le tamarin. ©GU

Quelque 950 espèces d’oiseaux ont été recensées, dont, par exemple, plus de 250 espèces dans le seul parc national Metropolitano, qui s’étend sur 265 ha dans les faubourgs Nord de Panama City. La majorité du parc est une forêt tropicale sèche, plutôt rare dans la région. Nous avons pu y admirer, outre de nombreux oiseaux (toucans, perroquets, pics, etc.), les deux espèces de paresseux (à deux et trois doigts), ainsi que des tamarins (petits singes frugivores avec un visage très expressif).

 

zLe quetzal oiseau mythique des vieilles forêts d'altitude. ©GU

Rien que le long du canal, l’on peut observer plus de 400 espèces d’oiseaux, soit autant que dans toute l’Europe géographique ! A titre d’exemple, sur la fameuse Ile de Barro Colorado (15 km2 de superficie à peine), hébergeant depuis 1923 une station de recherche scientifique sur le lac Gatún situé au milieu du canal, il a été dénombré 35 espèces d’amphibiens, 70 espèces de reptiles, plus de 100 de mammifères, soit quelque 50 % des espèces rencontrées dans tout le Panama (220 espèces). Un seul hectare de forêt de cette île abrite jusqu’à 116 espèces d’arbres : soit bien plus que toute l’Europe entière. Et c’est le cas de nombreuses forêts du pays.

La biodiversité du Panama, en termes de nombre d’espèces animales, équivaudrait ainsi à celle de l’Europe, des Etats-Unis et du Canada réunis.

La vaste région du Darien abrite le parc du même nom à la frontière de la Colombie. Sur près de 500 000 ha, ce parc, inscrit au Patrimoine mondial de l’Humanité en 1981, comprend une diversité de milieux naguère inviolés et d’une rare biodiversité : forêts inondables et d’altitude, marais, littoral et plages, mangroves, etc.

 

Etat préoccupant

L’état de l’environnement et de la nature est-il satisfaisant pour autant ?

Si on l’examine de façon fragmentaire, et statique, oui il est plutôt remarquable. De vastes étendues, notamment forestières, subsistent et la richesse animale et végétale est inégalée rapportée à la surface du territoire concerné.

Si, par contre, on s’intéresse avec soin, à l’état et à la dynamique de ces milieux au cours du temps : l’altération de l’environnement et de la nature est partout présente, croissante et  commence à atteindre un niveau préoccupant.

Ainsi, la déforestation a pris une ampleur sans précédent ces dernières décennies, y compris dans les parcs, et notamment dans celui du Darien où le taux de déforestation est le plus fort avec la province du Panama. La relance actuelle du projet de poursuivre la route transaméricaine dans le Darien (seule jonction restante à travers tout le continent) accélérerait encore ce processus et sonnerait rapidement le glas de cette extraordinaire forêt tropicale primaire d’une rare beauté et richesse.

z La déforestation à l'œuvre. ©GU

Le parc national de Camino de Cruces, qui fait la jonction entre le parc Metropolitano précité et celui de Soberania, est pratiquement entièrement déboisé pour faire place à des cultures et plantations. Ceci, alors même qu’il fait partie du vaste corridor biologique, revendiqué par les pouvoirs publics, entre l’Atlantique et le Pacifique.

 

 

 

 

 

zLe résultat de la déforestation. ©GU

La déforestation, problème majeur du pays, est due essentiellement à l’agriculture intensive sur brûlis, à l’exploitation forestière et minière, au développement de l’urbanisation anarchique. Le processus s’aggrave avec la migration des paysans et éleveurs pauvres dans les zones forestières encore vierges, avec son cortège de déboisement, de défrichement, de mise à feu et de cultures qui finissent rapidement par épuiser et éroder le sol. La Panama n’échappe pas ainsi au constat mondial où les plus grandes richesses (naturelles) se trouvent dans les régions les plus pauvres.

La couverture forestière était environ de 50 % en 1992, 42 % en 2002. Elle est évaluée à quelque 35 % actuellement. Certes une loi de 1992 incite au reboisement mais d’une part entre 1992 et 2002, seulement 0,7 % du territoire fut reboisé, d’autre part, les forêts primaires ou à fort intérêt écologique sont remplacées par des plantations de reforestation de teck, d’eucalyptus ou de pins qui ne présentent plus aucune valeur écologique.

La pollution des rivières, des nappes et du littoral est également un grave sujet de préoccupation, du fait des rejets urbains non traités, des activités industrielles et minières. De même, l’agriculture utilise de plus en plus d’intrants et de pesticides qui viennent souiller et contaminer les eaux naturelles.

zDéchets dans les mangroves. ©GU

La collecte et le traitement des déchets ne sont pratiquement pas assurés : les déchets sont rejetés et se retrouvent partout quand ils ne sont pas brûlés à l’air libre. Il n’est pas rare ainsi de voir de nombreux déchets retenus par les racines des palétuviers dans les mangroves, après avoir été véhiculés par les cours d’eau et la mer.

Une protection réglementaire peu appliquée

Si près d’un tiers du territoire jouit d’un statut de protection et se décline en quelque 60 parcs et réserves, la plupart d’entre eux n’a pas de gardes, pas de réglementation claire ou respectée. L’organisme de gestion de ces zones plus protégées (réglementairement) que préservées, l’ANAM (Autorité nationale de l’environnement) n’a d’ailleurs été créé qu’en 1998 et reste doté de très faibles moyens.

De même, s’il existe une réglementation sur la chasse, aucune garderie n’a encore été mise en place : en pratique, tout se fait. A titre d’exemple, il y a quelques années un couple d’aigle harpie a été réintroduit sur l’Ile Barro Colorado pour renforcer la biodiversité et mieux étudier cette espèce mythique en voie de disparition (le plus grand aigle au monde avec 2,20 m d’envergure). Peu de temps après, un chasseur en a abattu un. L’autre individu continue à errer, seul.

Le tourisme, par contre, représente encore un faible facteur de dégradation et de pollution simplement par le fait qu’il reste encore peu développé. Mais cette situation est en train d’évoluer rapidement, avec la construction de nombreux hôtels et résidences de tourisme sur les côtes atlantique et pacifique (dans un moindre degré à l’intérieur).

En conclusion, le Panama qui vit essentiellement des recettes du canal, de la finance (une des toutes premières places financières de l’Amérique latine) et des pavillons de complaisance, demeure encore peu tourné vers le tourisme et notamment pas vers l’écotourisme, contrairement au Costa-Rica par exemple. Il abrite cependant des richesses extraordinaires, voire uniques au monde sur une aussi faible surface : riche biodiversité, paysages variés, monuments classés patrimoine de l’Unesco, une culture indienne encore bien présente et qui cherche à se maintenir. Des défis majeurs sont cependant légion face à tous ces enjeux, à l’insuffisante culture en faveur de l’environnement et de la protection de la biodiversité.

Le Panama restera-t-il un eldorado naturel et culturel ? De sérieuses craintes existent. Nous ne pouvons que vous inviter à découvrir ce pays. Rapidement.

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